Tout le monde devient parent, mais pas moi
de la culpabilité à la liberté : 6 ans pour dire non
Il y a des sujets qui me semblent trop gros, trop denses, ou trop brouillons pour être abordés avec sérénité ici : celui-ci en fait partie 🫠 Mais l’expérience m’a prouvé qu’écrire me permettait de ranger mes pensées tout en me connectant à celles & ceux qui ressentent les mêmes choses que moi, alors essayons !
Je te propose qu’on passe 6 ans ensemble (oui, rien que ça), autour d’une seule et même thématique : la maternité, la société, et comment j’en suis arrivée à tourner le dos aux deux à la fois ⤵️
10 septembre 2020
J’ai 30 ans 🥳 …et je n’ai pas du tout la vie que je m’imaginais avoir. Quand j’étais jeune et consciente du schéma attendu par la société, j’étais persuadée qu’à 30 ans on avait déjà une maison, un mari et au moins un enfant. C’était ça, la vie d’adulte.
Mais il s’avère que je suis entourée de mes amis, pour la plupart célibataires et sans enfants. J’ai un verre de Jack Daniel’s à la main et je m’amuse à découvrir toutes les photos « dossiers » qu’ils ont rassemblé ces 10 dernières années pour me foutre la honte.
Ma vie professionnelle va parfois un peu trop vite pour moi, mais elle m’anime chaque jour depuis des années. À ce moment-là, elle est prioritaire sur à peu près tout 😆 — c’est d’ailleurs quelque chose que je t’ai raconté ici :
Et pour couronner le tout, je suis en couple dans une relation qui n’est aaaabsolument pas propice à se demander si des enfants verront le jour entre nous deux, ahahah.
Je crois que j’ai attendu à peu près toute ma vie que l’envie d’avoir un enfant pointe le bout de son nez. Et le jour de mes 30 ans… toujours pas. Alors ma vie a continué ! Avec les composantes essentielles : mes proches, mes multiples passions, et ma casquette d’entrepreneure.
Pressée comme un citron
Les années qui ont suivi ont été rythmées : il y a eu des hauts et des bas professionnellement, des mariages de copains, des enterrements, de nouvelles passions débloquées, des voyages, des fêtes… mais toujours pas l’envie d’être mère 👀
Le quotidien que je me façonnais m’allait bien, je me sentais déjà bien occupée et (surtout) épanouie. Une seule ombre au tableau : mon âge, la société, et ce qu’on attendait de moi 🙃
31, 32, 33, 34, 35 ans… cinq années passées à :
me forcer à y réfléchir alors que strictement rien ne m’incitait à le faire, si ce n’est la pression des autres. Je me suis fait des scénarios dans ma tête, essayant tant bien que mal de me projeter dans ce rôle de mère. Mais c’était comme essayer des fringues en sachant pertinemment qu’elles ne m’allaient pas, à chaque fois j’arrivais à la conclusion : « bah non en fait » !
devoir JUSTIFIER que j’y réfléchisse 🥲 comme si être indécise était une défaillance dans ma vie de femme. J’osais même pas imaginer comment j’allais justifier le fait de ne pas en vouloir du coup ! Malgré ce qu’on peut nous faire croire, il n’est pas possible de répondre « parce que » et d’avoir la paix, mes interlocuteurs ont toujours cherché à savoir POURQUOI.
préparer psychologiquement mes proches (mère, grand-mère…) à l’idée que, non, je n’aurais peut-être pas de descendance. C’est à dire qu’en plus de devoir m’imposer cette réflexion, je me suis donnée la mission de préserver celles et ceux qui attendaient avec impatience que je devienne mère.
En parallèle de tout ça, je côtoyais des mamans (mes amies proches sont toutes mamans), essayant tant bien que mal de regarder la situation d’un point de vue pragmatique ET émotionnel : qu’est-ce que je ressentais ? avais-je, moi aussi, l’envie d’avoir des mini-moi ? de transmettre ? d’élever ?
Mais la réponse était toujours la même : j’aime bien les enfants, mais je suis ravie qu’ils ne soient pas à moi (et ce, peu importe leur âge ahah) 😂
Sauf que je ne me suis pas fait confiance, et j’ai quand même voulu :
Assurer mes arrières
Août 2025, dans 1 mois j’ai 35 ans : je sais que c’est maintenant ou jamais pour congeler mes ovocytes. Moi qui croyais que la deadline des 37 ans était uniquement une limite de remboursement de la part de la sécu… pas du tout 😆 — c’est une date de préremption.
37 ans et 1 jour et c’est foutu pour la congélation, je suis périmée pour la société française.
(je dis ça avec légèreté mais c’est pour mieux refouler le dégoût que je ressens)
Je constitue donc un petit dossier pour le CHU de ma ville. Et quand certain(e)s le font avec de l’espoir, de la joie et de la détermination, moi je suis plutôt en mode « allez qu’on en finisse ». Une corvée.
Le premier rendez-vous est fixé à début Mars, soit 7 mois d’attente. Ça me laisse encore le temps d’y réfléchir, et de me renseigner sur comment tout ça fonctionne.
Parce qu’il a tout de même une diff’ entre savoir comment on fait les bébés, et savoir comment on prélève et congèle des ovocytes. La première est agréable, la seconde est visiblement carrément reloue 🙃
Je passe donc des semaines à consommer du contenu à ce sujet en pleine conscience : quitte à y passer du temps, autant le faire correctement et être 100% honnête avec moi-même.
Ça passe par des articles (le paradoxe de la vie sans enfants, Chouettipare…), des livres (Nullipares), des émissions (le docu d’Enora Malagré)… je nourris ma réflexion avec 1001 scénarios de maternité ou de non-maternité (choisies ou non).
Et je dois l’avouer : je ressens un soulagement et un alignement presque émouvant en lisant les récits de celles qui se sentent bien sans enfants. Dans celles qui nous rappellent qu’il est certainement mieux de regretter de ne pas en avoir que de les regretter une fois qu’ils sont là. Et surtout de toutes ces femmes qui témoignent d’une vie épanouie, même sans passer par la case maternité.
Parce que c’est ça finalement qu’on a essayé de me faire croire : que la maternité était une étape obligatoire pour être heureuse et épanouie en tant que femme.
Alors que je pensais férocement le contraire pour MA propre vie.
Le rendez-vous
Mars 2026, j’ai tout de même honoré le rendez-vous au CHU, que j’avais attendu 7 mois. Toujours dans la démarche d’avancer dans le process, pour m’aider à savoir ce que je voulais vraiment.
J’ai été face à une gynécologue hyper sympa.
Qui m’a fait une échographie interne surprise (ce n’était mentionné nulle part sur la convocation).
Et qui m’a expliqué que si la première intervention ne donnait pas suffisamment d’ovocytes, il pourrait y en avoir une seconde.
Ah-ah, c’est mort.
Déjà qu’une c’était beaucoup me demander, alors la perspective que ça puisse être renouvelable c’est ciao 👋🏻😂
Quand il a fallu résumer le rendez-vous à mes amies, j’ai donc dit assez simplement : « j’ai montré ma fouf à une inconnue et je suis partie » — ça en disait déjà long sur mes motivations à continuer le process.
MAIS, j’ai quand même accepté qu’on fixe le rendez-vous d’après, en précisant qu’il y avait 80% de chances pour que je l’annule. Il était fixé à mi-juin, j’avais donc encore 4 mois pour réfléchir 💭
La libération — mai 2026
Ce qui a été le plus difficile psychologiquement pour moi, c’est de réaliser que non, nous ne devenons pas adulte uniquement lorsqu’on devient parent. Après tout, au quotidien l’enfant c’est moi : je passe tout mon temps libre à me divertir (les jeux vidéos, tu connais), je mange des crêpes au dîner et j’aime faire du coloriage.
Avoir un enfant c’est accepter la responsabilité d’un autre humain. Et je me sens tout juste responsable de moi-même à bientôt 36 ans 😆
Mais peu à peu toutes les histoires que j’avais lues et entendues m’ont aidée à faire progresser ma réflexion et à officiellement acter ce que je voulais et (surtout) ce que je ne voulais pas. En résumé : la maternité/la parentalité ce n’est pas pour moi.
Je ne suis pas prête à accepter les sacrifices que cela nécessite, et aujourd’hui je suis en mesure de le dire sans rougir et sans culpabiliser. C’est ma vie (et mon corps accessoirement), et je n’ai pas envie de la construire autour des attentes de mes proches ou de celles de la société.
J’ai donc pris mon téléphone, et annulé le process de congélation des ovocytes auprès du CHU. Me sentant bien plus alignée à l’idée de me dire que ce rendez-vous sera plus pertinent pour quelqu’un qui veut vraiment un enfant.
Dès le lendemain, j’ai ressenti un truc particulièrement agréable : j’étais libre. Comme si je venais d’enfin me donner l’autorisation de faire de ma vie ce que je voulais.
Jusqu’ici je faisait tout vite : je travaillais vite, je mangeais vite, je rangeais vite… tout devait être rapide et efficace. Je crois qu’inconsciemment je me dépêchais de faire plein de trucs AVANT de ne plus pouvoir le faire, comme si devenir mère serait le sacrifice de ma vie.
Ce soulagement de ne plus avoir à me dépêcher et d’avoir la vie devant moi, sans deadline de maternité, était le signe qu’il me manquait pour me prouver définitivement que je venais de faire le bon choix 💜
J’aurais encore 1001 choses à dire, mais je veux à la fois continuer à mûrir mes réflexions et prendre le temps de poser des mots dessus. Alors on se retrouvera certainement dans quelques semaines sur cette même thématique !





C'est un sacré sujet ça !
J'ai souvent côtoyé la présence des tabous qui sont juste dessous, au cours de ma vie, où j'ai facilité quantité de groupe de femmes en "santé alternative". C'est hyper intéressant d'en parler. Je trouve qu'on devrait tous avoir une vraie réflexion là dessus, et que, si c'était moins tabou, certains parents auraient pu se donner la liberté de ne pas l'être, pour leur plus grand bien. (Et pour le bien des enfants dans certains cas, hélas. Autre sujet).
C'est sûr que ça soulève beaucoup de choses pas faciles à regarder en face, par effet domino, un tel sujet. Mais je crois que, quand même, aujourd'hui, on a les outils cognitifs et un certain recul, pour pouvoir soutenir cette réflexion au niveau sociétal.
Cette pression sociale sur tous nos pans de vie ! Être libre et bien dans ses baskets c’est le but , pas de répondre aux codes sociaux ! Tout le monde n’aime pas la raclette, et alors ?
Merci pour cet article ♥️