Je me suis perdue dans l'entrepreneuriat
et ça a duré 7 ans.
Pas le contenu le plus facile que je m’apprête à rédiger là 🫠 — mais il paraît qu’écrire est thérapeutique alors… essayons.
Fin 2016, mon père décédait d’un cancer du pancréas. Je te passe les détails : si tu as perdu un proche (d’un cancer ou non) tu connais bien la vibe. Et dans ma vie il y a clairement eu un avant et un après.
Celle que j’étais avant
Dans mes souvenirs, tout était rose. Evidemment que j’avais des galères, mais globalement ma vie se résumait à :
profiter de mes proches (famille & amis) — les grands repas, les fêtes, les mariages, les anniversaires, les enterrements aussi, et puis tous les moments simples.
gérer tranquillement ma micro-entreprise (environ 20k€ de CA/an à ce moment-là) — un p’tit business qui me permettait de remplir mon frigo de parmesan, c’est à dire l’essentiel.
prendre du bon temps (faire la fête, partir en voyage…) — j’étais présente aux soirées, j’étais partante pour partir loin et longtemps, je me foutais d’avoir une journée “productive” ou non.
Bref, RAS, vie normale et plutôt équilibrée.
Celle que j’ai été après
Début 2017, un papa en moins, mon tabouret a commencé à être un peu bancal. Mais je savais qu’il allait me falloir du temps pour retrouver un nouvel équilibre. Spoiler : j’étais clairement pas prête.
Tout ce qui va suivre est mon analyse d’aujourd’hui.
Autant te dire que dans le feu de l’action je n’ai rien capté.
Je me suis ruée sur la seule chose que je pouvais contrôler/maîtriser : mon travail.
J’ai fait des semaines de 70h — produit du contenu à n’en plus finir — je disais “oui” à tout tant que cela me faisait travailler toujours plus — j’ai cumulé jusqu’à 17 clients en social media en simultané, sans broncher — je sortais de ma zone de confort presque tous les jours — j’étais capable de faire en 3h ce que d’autres faisaient en 1 journée — j’étais sollicitée tous les jours mais je gérais à mort, rétrospectivement !
Conséquences positives :
(2017) ma visibilité a bondi, mon compteur d’abonnés aussi.
(2018) j’ai pivoté mon entreprise en abandonnant progressivement le social media management pour créer du contenu dédié aux freelances & entrepreneurs.
(2019) j’ai éclaté le plafond de la micro-entreprise et je me suis associée à Julie.
(2020) covid, explosion du chiffre d’affaires de J&J. Heureusement qu’on est deux !
(2021) tout pareil que l’année précédente, mais avec des projets en plus.
(2022-2023) première embauche, et nouveaux challenges.
… forcément, le travail paie et les efforts aussi. Mais à quel prix ? Parce que, comme tu peux le voir, je n’ai eu aucun répit pendant 7 ans.
Pardon : je n’ai pas voulu me donner de répit pendant 7 ans.
Mais attends… je suis qui en fait ?
Le pire dans tout ça ce ne sont pas les milliers d’heures de travail, ce n’est pas la fatigue, ce ne sont pas les soirées entre potes sacrifiées au profit de la création de programmes en ligne.
Le pire c’est que je n’étais plus capable de me définir autrement que : Julia, entrepreneure.
À force de n’avoir fait que ça, je n’étais plus que ça.
Et là, on peut s’amuser à compter les conséquences négatives :
je suis devenue mon business — mes échecs professionnels étaient aussi des échecs personnels. J’ai donc pris très très cher dans les moments les plus challengeants.
mes réflexes étaient cassés — si j’avais du temps libre, je le remplissais par défaut avec… du travail. J’étais réveillée plus tôt ? Travail. Je n’étais pas fatiguée le soir ? Travail. Week-end ? Allez je joue aux jeux vidéos, mais je travaille un peu aussi quand même.
si mon business allait mal, j’allais mal — et ce, même pendant les moments de joie personnels (mariages ou anniversaires des potes, réunions de famille, victoires personnelles…).
je ne consacrais plus de temps à mes (autres) passions — si les jeux vidéos sont restés, le journaling a sauté, les soirées entre potes aussi, et je parle même pas des journées à flâner et à ne rien faire de particulier (!).
juste imagine la fatiiigue cumulée bordel — mes vacances n’en étaient pas vraiment, mes week-end non plus (alors que j’étais persuadée du contraire !). Fin 2023 je n’étais plus qu’un abricot sec.
Si en 2017 l’entrepreneuriat m’a permis de me concentrer sur quelque chose de tangible pour faire face au deuil, je m’y suis perdue.
Aujourd’hui…
… je suis capable d’écrire et d’analyser tout ça 🙂 — j’imagine donc que j’ai le recul pour attaquer une nouvelle ère de ma vie.
C’est en tout cas ce que je ressens depuis bientôt 1 an et demi : mon entreprise est devenue une partie de ma vie, mais elle ne prend plus toute la place.
J’ai libéré de l’espace dans ma vie pour :
retrouver mes moments de spleen, les petits bonheurs du quotidien qui ne servent à rien mais qui me procurent de la satisfaction et de la sérénité.
retrouver l’amour, de mes proches. Et pas que l’amour de ma communauté (même si elle est toujours un moteur !).
m’embarquer dans de nouvelles activités car je m’offre enfin ce temps-là : faire du skateboard, défoncer 3 livres par mois, binge watcher des séries jusqu’à 3h du mat’, passer boire le café chez les copains en pleine semaine, tester des recettes foireuses, traîner au téléphone comme quand j’étais ado…
juste ajouter un semblant d’équilibre finalement (tout en acceptant qu’il y aura toujours des périodes de déséquilibre, mais disons qu’elles ne durent pas 7 ans normalement 😆).
Si tu t’es reconnu(e) dans mes 7 dernières années, alors je te souhaite du fond du coeur de te retrouver bientôt 💜 — on ne mérite pas de n’être qu’un(e) entrepreneur(e).




Ce post me parle tellement ! J'ai perdu ma mère en 2011, le lendemain de mon anniversaire alors que j'étais à +600kms de chez moi pour mes études. Après avoir passé mes examens, je suis rentrée pour gérer la maison. J'ai mis entre parenthèse 1 an et demi de ma vie. Mais au bout d'un moment, ça a pété et il a fallu que je parte loin pendant 3 mois pour me reconstruire et penser à moi. En tout cas bravo pour cette prise de recul ! Et comme tu le dis si bien, il y a un avant et un après.
Merci Julia pour ce partage en toute intimité. Ravie de te retrouver par ici ❤️