Ma vie est une succession d'expériences
"tout ça pour ça ?!" — bah ouais.
Pas plus tard que la semaine dernière, j’entendais un proche me dire “donc ça y est, elle est terminée cette lubie ? tu vas faire quoi de tout ce que tu as acheté ?” 💬
Je venais de passer plusieurs semaines à faire du coloriage quasi quotidiennement et j’avais accumulé +10 livres et +150 feutres à alcool (il nous faut du choix n’est-ce pas ?). Un budget conséquent donc.
Si aujourd’hui je ne me formalise plus sur ce genre de remarque, j’ai tout de même passé du temps à essayer de comprendre ce qui se jouait dans ma vie pour être obsédée par une activité… pour la stopper presque totalement quelques semaines plus tard.
Mes 8 semaines de skateboard
J’ai un petit skateboard (un Penny, un simple jouet pour les puristes du skate) depuis des années, mais j’avais envie d‘enfin apprendre à rouler sur un “vrai” skate.
Je me suis donc inscrite à la fédération française de skateboard pour prendre des cours débutant adulte avec une de mes meilleures amies qui avait exactement le même objectif que moi : trop bon timing ! 🎉
Casque, protège-genoux, protège-coudes, un skateboard “normal” … la totale. Pour au final me rendre compte que prendre le risque de me casser les poignets ou une jambe à 35 ans c’était trop me demander 🥲
J’ai tout arrêté.
Le skate dans ma vie c’est une lubie parmi des dizaines et des dizaines.
Comme le dit Anne-Laure Le Cunff dans son livre “Tiny Experiments”, c’est un pacte : une expérience cadrée dans le temps, guidée par la curiosité, pas forcément par un objectif de résultat. Le succès c’est d’essayer.
“Tout ça pour ça ?!”
J’ai dépensé beaucoup de temps et d’argent pour vivre des expériences dans ma vie. Et souvent j’ai culpabilisé (ou on m’a fait culpabiliser !) parce que celles-ci n’auraient, soit disant, pas duré assez longtemps pour être valables et/ou rentabilisées 👀
Dépenser +150€ en feutres pour colorier seulement 3 mois ?
Dépenser +400€ pour faire du skate pendant seulement 2 mois ?
Passer +40h à tester un outil pour ma vie pro pour ne finalement pas l’implémenter dans mon entreprise ?
… la liste est longue !
Et pourtant, ce que j’ai appris pendant chacune de mes lubies (même courtes, même abandonnées) vaut bien plus ce qu’elles m’ont coûtées 🥹
Mes 8 semaines de skateboard m’ont appris que je n’étais pas faite pour apprendre une pratique avec un groupe, mais plutôt en solo, à mon rythme.
Mes sessions de coloriage intensives m’ont aidée à traverser des périodes intenses et stressantes, idéales pour diminuer mon anxiété.
💜 J’ai donc réalisé progressivement que la valeur d’une expérience ne se mesure pas à sa durée. Sentons-nous libres d’expérimenter des choses autant de fois que nous voulons, peu importe le temps que ça dure.
On nous a bourré le crâne avec les objectifs
“Ah ouais tu commences ____ parce que tu veux devenir ____ ?” 🧐
Ah ouais tu commences à écrire un livre parce que tu veux devenir écrivain ?
Ah ouais tu commences la gym parce que tu veux devenir Simone Biles ?
Ah ouais tu commences la poterie parce que tu veux ouvrir une boutique Etsy ?
J’ai vraiment la sensation qu’on doit tous justifier un but précis lorsqu’on commence quelque chose de nouveau. Alors que parfois on veut juste essayer, point.
Et c’est OK — l’expérience a de la valeur, quelle que soit son issue.
Parce qu’à trop vouloir se fixer d’objectifs (smart mes cou*lles), on en oublie l’ingrédient essentiel : la curiosité.
💡 La curiosité nous apporte une valeur qu’on ne trouve pas dans les objectifs stricts : c’est un carburant neurologique (pas juste un trait de caractère sympa à avoir). Comme le disait Ali Abdaal dans son livre “Feel Good Productivity” :
“Lorsqu'on est curieux, on reçoit une dose de dopamine et on active en même temps la partie du cerveau responsable de l'apprentissage et de la mémoire. La curiosité ne rend pas simplement ta vie plus cool, elle te permet aussi d'être concentré plus longtemps.”
À titre personnel, je trouve la curiosité bien plus saine qu’un objectif :
elle réduit drastiquement (voire supprime) la notion d’échec — vu que j’expérimente, je me fous d’échouer ou de réussir. L’objectif n’est pas là.
elle court-circuite la productivité — il n’y a souvent pas de but précis aux expérimentations donc aucunement besoin de se mettre une pression de dingue pour faire quelque chose.
elle me maintient en posture de débutante — ce qui me permet d’expérimenter sans le poids des attentes. Quelqu’un qui “devient dessinateur” va se juger mais quelqu’un qui essaie de dessiner des doodles reste dans la curiosité.
Je teste, j’observe, je conclus
Ce que mes proches voient comme des lubies ou des obsessions passagères, moi je les vois presque toujours comme des expériences. Je teste des choses, et je vois ce qu’elles provoquent en moi.
Certaines durent des mois, d’autres seulement quelques jours — et si avant je pouvais ressentir de la culpabilité à en abandonner certaines, aujourd’hui je sais que chacune d’elle m’apporte de la valeur 🎶
J’ai toujours eu du mal à avoir un rêve ou à trouver “ma mission de vie” — au contraire, je me suis toujours sentie à l’aise (et certainement + libre) de sautiller d’une activité à une autre, sans ligne droite clairement définie.
Je crois que ce sont toutes nos expérimentations qui rendent nos vies riches et qui nous font faire des découvertes précieuses (que ce soit des humains, des activités, des traits de personnalité cachés…) — remettons-les au centre de nos quotidiens 💜




C'est tout moi. J'adore apprendre, alors je teste plein de trucs... en dépensant trop compte tenu de la durée de l'expérience. Mais parfois, certains essais se transforment en activités régulières et surtout en nouvelles passions. Pour les autres, celles qui n'ont duré qu'un temps, ce n'est pas grave, elles m'ont fait du bien à un moment donné et m'ont enrichie. Vive les essais !
omg ! ce texte me parle tellement !! j'adore apprendre et je saute souvent d'une lubie à une autre tout comme toi. Je pensais que je n'étais pas normal... Je culpabilise souvent de commencer plein de choses mais de ne jamais les finir... Tu viens de me confirmer que je ne suis pas seule.