Je n'ai jamais eu de rêve(s)
et c'est très bien comme ça
J’ai grandi aux côtés d’humains (copains/copines d’écoles, collègues de travail, confrères/consoeurs entrepreneurs, famille & amis…) qui étaient tous capables de verbaliser leurs rêves.
Que ce soit des rêves d’enfant (“devenir astronaute”), ou des rêves d’adulte (“devenir propriétaire”, “être maman”, “visiter le Japon”…) — tous avaient 1 ou plusieurs rêves.
Mais personnellement, malgré tous les efforts du monde et aussi loin que je me souvienne, je suis incapable de te dire quels sont les rêves qui m’ont déjà traversé l’esprit 👀 — suscitant regards interrogateurs, surprise et incompréhension.
Bienvenue dans la vie d’une personne qui n’a pas de rêve(s).
Livrée sans option “rêve” 📦
“Ah ouais t’as jamais eu de rêve, vraiment jamais ?” — et non. Même petite, j’avais tendance à te répondre mon envie du moment, sans en avoir une qui serait plus grande, plus importante et plus dense qu’une autre.
Il n’y a eu aucun déclic, aucun choix conscient. C’est juste comme ça 🤷🏻♀️
J’ai découvert progressivement que tout le monde n’était pas comme moi, au contraire ! Toutes les personnes que j’ai rencontrées poursuivaient un but, ou nourrissant l’idée d’un changement majeur dans leur vie qui leur provoquait systématiquement des étoiles dans les yeux.
Ça générait beaucoup de questions en moi, de type : “tu fais quoi une fois que tu as réalisé ton rêve ? tu en choisis un autre ?”, “pourquoi ce rêve plutôt qu’un autre ?”, “pourquoi certains en ont qu’un seul et d’autres plusieurs ?”, “peut-on changer de rêve en cours de route ?” 💭
Mais surtout :
Pourquoi n’ai-je que des “envies” ?
À mes yeux (et c’est la seule certitude et réponse que j’ai toujours eu), un rêve c’est quelque chose de fixe, de durable et ça implique une trajectoire. Oui, dans mon esprit, il y a des règles qui régissent le fait d’avoir un rêve ou non 😆
Aspirer à avoir “une maison de rêve” est pour moi suffisamment fixe, durable et cela implique une certaine trajectoire à suivre pour être un rêve. Même chose pour le fait de devenir parent, propriétaire ou voyager à travers le monde.
Je ne me sens donc absolument pas concernée : je n’ai personnellement rien de tel en stock 🤓
Par contre, ma vie est remplie d’envies. Elles sont spontanées, temporalisées et flexibles.
Par exemple, en ce moment j’ai envie d’avoir un autre appartement. J’ai envie d’aller visiter la Corée du Sud. J’ai envie de planifier une semaine de vacances avec tous mes copains dans un grand chalet.
Une envie peut être présente à un moment de ta vie et plus du tout à un autre.
Elles changent, évoluent, disparaissent parfois — et c'est exactement ce que je veux. Cette flexibilité, cette absence de trajectoire gravée dans le marbre, c'est ce qui me permet de vivre ma vie sans me sentir coincée.
Ce que ça change concrètement dans ma vie
J’ai toujours eu cette sensation très personnelle que le rêve “enferme” dans une trajectoire pré-définie. Comme si tu choisissais un rêve pour, au moins, les 10 prochaines années.
Sans pouvoir jamais t’en défaire avant de l’avoir réalisé ou avant d’avoir fait un rituel chelou pour t’en dé-programmer 😂 — suis-je étrange ?
Quand le rêve me semble être fixé solidement, l’envie me paraît beaucoup plus flexible. C’est très corrélé à mes valeurs et à mes aspirations : liberté, pouvoir changer de cap ou encore l’aspect non-définitif d’un choix.
Au fond de moi je sais (en tout cas j’imagine !) que tu peux changer de rêve comme tu changes de slip. Evidemment. Maaaais quand même : j’ai la sensation que ce serait malvenu 😆
Après, il est vrai qu’un (ou plusieurs) rêve peut être une aide considérable à la prise de décisions. Le rêve aidant à dessiner une trajectoire de vie. Mes envies étant plus flottantes, elles sont peut-être moins ancrées pour être utilisées comme appui aux grandes décisions de la vie ? Je réfléchis en écrivant, tu l’auras compris.
On finit tous au même point
Au fil des années, je me retrouve parfois au même point que certains de mes amis qui ont déjà réalisé leur rêve et qui n’en ont plus vraiment. Eux aussi, pour la plupart, se retrouvent avec seulement des envies.
Comme si le rêve n’était qu’un échafaudage temporaire dont certains ont besoin et d’autres non.
Mais je me demande aussi parfois si “avoir un rêve” n’est pas juste une autre injonction sociale, au même titre que “fonder une famille” ou “réussir sa carrière”. Un truc qu’on nous vend comme essentiel, alors qu’en vrai... peut-être que non ?
Je comprends surtout que vivre sans rêve ce n’est pas vivre sans direction pour autant.
Mes envies me suffisent amplement. Elles me donnent cette flexibilité que je chéris tant, cette liberté de changer de cap sans avoir l'impression de trahir une version de moi-même qui aurait "juré" de faire quelque chose un jour.
Comment ça fonctionne chez toi ? Plutôt rêves, plutôt envies ou les deux ?



Incroyable ! Tu mets les mots sur ce que je considère chez moi comme une étrangeté depuis longtemps 😅. Pour moi aussi parler de rêves revêt une impression de quelque chose de fixe mais surtout de magnifique, d'extraordinaire à réaliser ! Alors que j'ai surtout des objectifs, des envies... assez pragmatiques... Quand on me parlait de réaliser un rêve, je bloquais souvent en disant que je n'avais pas de rêves. Point barre. Aujourd'hui, je réponds par mes envies sans entrer dans la subtilité entre les deux 😅.
Mais je suis toujours impressionnée par les personnes qui poursuivent un rêve et qui l'expriment passionnément sur le long terme. Admirative, et parfois un peu jalouse aussi peut être 🤔, mais je ne suis pas câblée comme ça, j'ai trop d'envies pour rester focus sur un seul but à long terme 😂.
Merci Julia pour ce post 🤗
En lisant ton billet, je me suis rappelée que mon chéri n'a pas de rêves non plus. Évidemment, il n'a pas poussé la réflexion aussi loin que toi, et j'ignore si vous iriez sur le même chemin. Mais c'est une perspective intéressante que tu partages avec nous. Merci. ♥
Pour ma part, j'avais beaucoup de rêves étant enfant. En 2018, je me suis rendue compte que je les avais tous réalisés sauf un. Ils me semblaient extraordinaires à l'époque et j'ai eu comme un choc de me rendre compte que "ça y est", tu vois ? C'est seulement après que j'ai compris qu'ils étaient très peu ambitieux (par exemple, celui que je n'ai pas réalisé, c'est "avoir un chien" 8D). Je ne les considère pourtant pas comme des envies, parce que ces rêves sont durables et comptent à l'infini émotionnellement pour moi. Il me semble que c'est OK et que c'est ça qui compte.
Qu'on ait envie de réaliser des choses, qu'on le fasse, et que ça nous procure du bonheur... au final, je crois que c'est une aspiration qu'on a toutes et tous, non ? :)